théâtre théâtre
Chat en poche

Frédéric Bélier-Garcia

23 Fev. ► 12 Mars 2016

DU MAR 23 FÉV AU SAM 12 MARS | LUN AU MER | 19H30 | JEU ET VEN | 20H30 | SAM | 18H

Glissando à la française sur patinoire (carte blanche offerte aux acteurs de la création) aura lieu 20 minutes avant Chat en poche au sein du Forum du Quai, soit lundi, mardi et mercredi à 19h10, jeudi et vendredi à 20h10 et le samedi à 17h40.

Autour de Chat en poche

• Rencontre avec l’équipe artistique - le mercredi 2 mars après la représentation
 
• Soirées enfants - Accueil des enfants de 3 à 12 ans pendant le spectacle - vendredi 4 et samedi 12 mars 3 € - Réservation 02 41 22 20 20
 
• Accessibilité - Spectacle en audio-description le mercredi 9 mars à 19h30
 
• Atelier technique (son, lumières, plateau…) - destiné au public étudiant sur réservation) samedi 5 mars 13h-17h
 
• Atelier d’écriture - intervenante Martine Leroy-Rambaud, journaliste, le  samedi 12 mars.
 
• Atelier du regard  - Répétition et rencontre avec le metteur en scène, (pour les accompagnateurs de groupes) mardi 2 février à 18h30

© Solange Abaziou

DE GEORGES FEYDEAU
MISE EN SCÈNE FRÉDÉRIC BÉLIER-GARCIA

À son plus haut degré de raffinement avec Feydeau, la France cultive l’art de s’empanacher en bourgeois, coureur, rombière, idiot magnifiques. Feydeau est une folie française, aussi gratuite, vaine, irrécupérable, inexorable qu’une tour Eiffel ou un champ de colza. Nous proposerons, à l’occasion de Chat en poche, un spectacle déambulant et glissant d’une patinoire jusqu’aux lustres de la grande salle, un voyage rêveur, drôle en nos souvenirs d’en France. Ce spectacle mêlera chants, glisse, réflexions, textes, musiques, citations de nos lectures anciennes ou récentes qui pavent notre réminiscence.

Comment ces gens peuvent-ils une heure trente durant ne pas s’apercevoir que cet homme n’est pas du tout le ténor génial qu’ils attendaient ? Un même aveuglement, une même indifférence fondamentale à l’autre que celle qui hante les faits divers d’aujourd’hui – de l’affaire Romand aux rives de la Vologne. Le « mal entendu » porté à un degré de démence retrouve étrangement un portrait réaliste, à la fois amoureux et critique de ce qui fait notre fameuse identité. Identité ici croquée, retournée, culbutée, magnifiée comme secouée.
Chez Feydeau, la plante humaine est donnée à contempler avec tous les bouts de terre accrochés encore à ses racines. C’est tout un monde de canards en sauce, de déjeuners dominicaux, de médecins de famille, de passions inassouvies, des rêves frappés de gloires et de liqueurs… Une France sempiternelle résumée, synthétisée, lyophilisée dans un philtre acide et énamouré.
Frédéric Bélier-Garcia

L’histoire
Pacarel, bourgeois se piquant de culture, a fait fortune dans « le commerce du sucre pour l’exploitation des diabétiques ». S’étant mis en tête d’imposer à l’Opéra de Paris le chef-d’oeuvre de sa fille Julie qui a composé un Faust d’après Gounod, il a l’idée d’engager un célèbre ténor de l’opéra de Bordeaux et de monnayer ainsi sa production à Garnier. Mais c’est un autre jeune homme qui fait inopinément irruption dans la famille : le fils de son ami Duffausset, monté à Paris pour faire ses études de Droit. Pacarel, le prenant pour le ténor en question, lui fait signer un contrat. Duffausset n’a jamais su chanter, mais comment résister à 3500 francs par mois. Qui plus est, Madame Pacarel ne manque pas de charme… Comment une heure trente durant, une casserole peut-elle se faire passer pour un ténor de génie ? Et comment un auditoire avisé peut-il s’y laisser prendre ?
Tel est le tour de force de Feydeau.

L’expression
Acheter chat en poche signifie acheter quelque chose sans en connaître ou vérifier la nature, conclure un contrat sans le lire. Origine : dans une gibecière (« poche »), on pouvait faire passer un chat mort pour un lièvre et le vendre ainsi au client peu regardant.

Passerelle
L’art de l’absurde atteint chez Feydeau une dimension poétique. Jean Cocteau n’affirmait-il pas : « Rien de plus naïf que de croire que la poésie au théâtre se limite à Musset. Musset, c’est le théâtre poétique. La poésie du théâtre de Feydeau ne vient pas de ce que les personnages disent ces phrases poétiques qui horripilaient Baudelaire, mais d’un mécanisme mystérieux.
Quand les Français cesseront-ils de confondre la poésie avec ce qui est poétique, le rêve et la rêverie ? »

Historique
Chat en poche est présenté pour la première fois au Théâtre Déjazet le 19 septembre 1888. Feydeau a vingt-six ans. On a tout dit sur Feydeau : qu’il annonce le mouvement Dada, que c’est un « surréaliste avant la lettre ». Hélas il ne sera
jamais reconnu par ses pairs. Il voulait écrire un scénario pour Charlie Chaplin, mais trépasse peu avant de démence mentale.

« Je pars toujours de la vraisemblance... Un fait, à trouver, vient bouleverser l’ordre de marche des événements naturels tels qu’ils auraient dû se dérouler logiquement.
J’amplifie l’incident. Si vous comparez la construction d’une pièce de théâtre à une pyramide, on ne doit pas partir de la base pour aboutir au sommet comme on a fait jusqu’ici. Moi, je retourne la pyramide : je pars de la pointe et j’élargis le débat ! »
Georges Feydeau

PRÉCÉDÉ DE
GLISSANDO À LA FRANÇAISE SUR PATINOIRE
POUR ACTEURS, VOIX ET APPARATS

Cette carte blanche offerte aux acteurs de la création sur notre Patinoire Arty aura lieu 20 minutes avant la représentation dans le Forum.

Il est vraiment étrange que, moi qui me moque du patinage comme de je ne sais quoi, à peine je ferme les yeux, je vois une immense patinoire.
Et avec quelle ardeur je patine!
Après quelque temps, grâce à mon étonnante vitesse qui ne baisse jamais, je m’éloigne petit à petit… J’avance seul sur la rivière glacée qui me porte à travers le pays.
... Je ne me plais qu’à avancer dans l’étendue silencieuse, bordée de terres dures et noires, sans jamais me retourner, et, si souvent et si longtemps que je l’aie fait, je ne me souviens pas d’avoir jamais été fatigué, tant la glace est légère à mes patins rapides.
Au fond je suis un sportif, le sportif au lit. Comprenez-moi bien, à peine ai-je les yeux fermés que me voilà en action.
Henri Michaux. La nuit remue.