théâtre
PERPLEXE

Marius von Mayenburg | Frédéric Bélier-Garcia

14 Nov. ► 30 Nov. 2013

Retour de vacances. Deux couples se retrouvent, souvenirs de voyage, factures impayées, plantes vertes déprimées - on pense reconnaître la situation -, mais très vite l'histoire glisse puis bascule dans un scénario tenant d'un culbuto vertigineux. Chacun se fait tour à tour enfant, amant, mère, locataire, voire fille au pair. Au spectateur d'enquêter sur qui joue quoi ? On passe ici, sans crier gare, de la situation domestique la plus triviale à la caverne de Platon. Une comédie imprévisible à l'humour corrosif.

Perplexe
est à la fois un jeu avec le spectateur, et un colin-maillard en eau profonde dans l'histoire de la pensée occidentale. Dans ce cluedo philosophique, entre les quatre murs de ce pavillon, se vérifient la loi de la sélection des espèces, la mort de Dieu, le mythe de la caverne. Chacun des protagonistes redécouvre, à l'occasion d'une douche, d'une fête masquée, ou d'un baiser échangé, les vérités de Darwin, Nietzsche et Platon.

Les personnages de Perplexe, qui portent les noms des acteurs qui les incarnent, sont des individus patchwork qui cherchent la sécurité dans une réalité mouvante : ils ne peuvent que glisser en permanence sur les peaux de bananes métaphysiques que la pièce disperse sur leur chemin. Sommes-nous face à des personnages ou des acteurs ? Notre situation contemporaine est-elle si différente de celle de comédiens, égarés sur un plateau, ne sachant plus à quel genre appartient la pièce, se demandant si quelqu'un encore les observe depuis l'obscurité de la salle, délaissés par le metteur en scène ?
Créée à la Schaub√ºhne de Berlin en novembre 2010, la dernière pièce de Marius von Mayenburg est une comédie absurde, ou plutôt une pièce sur l'absurdité de la comédie, des caprices de la vie et du théâtre même.
Frédéric Bélier-Garcia

L'auteur
Né à Munich en 1972, Marius von Mayenburg écrit Haarmann en 1996, à partir d'un fait divers autour du " boucher de Hanovre ". Suivent de nombreuses pièces parmi lesquelles Crépuscule des monstres et Visage de feu (prix Kleist d'encouragement aux jeunes auteurs dramatiques et prix de la Fondation des auteurs de Francfort 1998). Collaborateur de l'équipe artistique d'Ostermeier, il rejoint la prestigieuse Schaub√ºhne quand le metteur en scène en prend la direction en 1999. Il y travaille depuis comme auteur, dramaturge, traducteur et metteur en scène. Ses ouvres sont jouées dans toute l'Europe et au-delà, et sont publiées en France par L'Arche Éditeur.

Extrait
SEBASTIAN, au public. Oui, je suis désolé, cette scène détestable.
Bien sûr on pense aussitôt, qu'est-ce qui a mal tourné, d'où ça vient, pourquoi cet enfant se comporte-t-il ainsi, et en plus c'est rasant : conflit des générations, déjà vu mille fois, et tout à coup on l'a dans sa propre famille, vous n'imaginez pas le joli nourrisson que c'était, pénible, vraiment pénible -
Eva revient.
EVA. Mais que fais-tu là ?
SEBASTIAN. Je me distancie de notre enfant. Je trouve Robert pénible.
EVA. À qui tu parles ?
SEBASTIAN. J'ai pensé, des mots ont été dits, je préfère m'excuser.
EVA. Tu fais un monologue ?