théâtre
TOUTE VÉRITÉ

CAROLINE GONCE

01 Oct. ► 24 Oct. 2009

de Marie NDiaye et Jean-Yves Cendrey
mise en scène Caroline Gonce

Sur le plateau, un père et un fils. Le père était sous-officier, le fils a frôlé la délinquance. Un passé lourd de ressentiments, une haine à couper au couteau‚ Ces deux hommes ont un compte à régler. Une pièce intense, écrite à quatre mains, par deux importants romanciers d'aujourdhui.¬†

Mari et femme depuis vingt ans, Marie NDiaye et Jean-Yves Cendrey ont écrit à quatre mains ces mots qui vrillent, cette confrontation d'une violence extrême qui permet à chacun d'affronter sa propre histoire. Dans Toute vérité, personne ne sort indemne de ce face à face cathartique qui fait voler en éclats les arcanes d'une destinée familiale.
Il y a quelques années, un livre de Corneau eut pas mal de succès, Père manquant, fils manqué. Est-ce le thème de Toute vérité ? Oui et non. Qui manque à qui et pourquoi ? Un homme et son fils, un homme et son père, dans un huis clos déchirant et pudique à la fois, explorent les creux, les lacunes, les contresens, les actes manqués et les vrais coups fourrés d'une relation violente et passive à la fois.
Les droits et les devoirs, la soif de reconnaissance, les fondements de l'identité d'homme, mais aussi de cette identité de père qui traverse la vie de l'homme‚
Tout cela et bien autre chose encore, sourd du dialogue bouleversant de ces deux hommes qui n'ont pas su se rencontrer.
Hommes ou femmes, les spectateurs ne peuvent qu'entendre l'écho de leur petite musique familiale personnelle, ce qui leur a manqué, ce qu'ils en ont fait et, en filigrane, une compassion immense pour ces fils et ces pères qui ne peuvent accéder à la sérénité.

Caroline Gonce

Extraits
PERE : On m'a appris qu'un honnête homme doit savoir se soumettre son fils, on m'a appris que le fils soumis est le garant de la bonne réputation du père, on m'a appris que le père qui loyalement et laborieusement, année après année, soumet le fils, se verra récompensé par la gratitude du fils et l'approbation de la société. L'enfant naît sauvage et toi, toi, plus sauvage qu'aucun autre, j'ai voulu te dompter et j'en ai tiré un certain plaisir et de ta résistance même. Je te le dis, chef : A bon chat, bon rat.

 
FILS : Ecrire pour faire pièce à la crasse, en souvenir du front, quand je dansais sous ton martinet, encaissais des claques à la tonne, prenais du brodequin dans le cul et des injures plein le cornet, jusqu'au jour où je t'ai sauté dessus, et frappé, le jour où tu as compris à quoi je passais mes insomnies : la mise à mort du nom de père.

Marie NDiaye et Jean-Yves Cendrey
Toute vérité (Gallimard)

 

Les auteurs
Romancier, scénariste et dramaturge, Jean-Yves Cendrey a souffert des violences et humiliations infligées par un père tyrannique. En 1988, il publie son premier livre, Principes de cochon, qui sera suivi de nombreux ouvrages (Atlas menteur, Les Morts vont vite, Oublier Berlin, Trou-Madame, Petites soeurs de sang, Parties fines, Une simple créature, Les Jouets vivants, Les Jouissances du remords‚ )
De mère française et de père d'origine sénégalaise, Marie NDiaye fait ses études de linguistique à la Sorbonne. Titulaire d'une bourse de l'Académie de France, elle est pensionnaire à la Villa Médicis. Elle commence à écrire dès l'âge de douze ans et publie Quant au riche avenir à l'âge de dix-sept ans. Elle est l'auteur de nombreux romans, notamment Rosie Carpe, Prix Femina en 2001 et de pièces de théâtre. Avec Papa doit manger, Marie NDiaye est l'un des rares auteurs français vivants inscrits au répertoire de la Comédie-Française. Hilda a été mis en scène en 2003 par Frédéric Bélier-Garcia et a reçu le Prix de la Critique de la meilleure création française.